dimanche 27 juillet 2008

Tropismes

Tropismes [1]

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La Guerre.

T'en souviens-t-il comme, par le passé,
Ton grand-père tint le mien en joue?

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La Nature.

Fleurs et champs nous appellent de leurs vœux
Cependant que l'Homme, furibond, les saccages.

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L'Amour.

C'est la fête des cœurs-aimant qui battent
Que la communion des corps ennemis.

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Le Rire.

Ris! emportes et transportes-nous irrésistiblement,
Ainsi viendra la joie et s'apaiseront les âmes.

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Le Chemin.

Tu sais, nous suivons tous un chemin,
Mais le tropisme veut que je ne regarde que le tiens.

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Le Soleil.

Quand Râ nous dardait de ses bienfaits,
L'Homme levait la tête et exprimait un sombre râle.

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La Foule.

L'Homme est un mille et des mille.
Il l'ignore encore mais il se suit : faites silence!

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L'Inconnu.

Si l'étranger franchit le pont d'un pas trop confiant
Le bois cède et l'abime dans les eaux sombres de la Peur.

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Le "Moi".

"Je" me vois, "Je" me regarde, "Je" m'admire même parfois,
Mais "Je" ne me comprend pas : il n'est pas "Moi".

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Le "Toi".

"Tu" existes et "Tu" m'existes puisque "Tu" (me) crées,
Es-Tu donc Dieu si l'Homme te suit ? Mais qui suis-Tu, toi ?

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La Femme.

Tropisme des tropismes! Si la fleur cherche le Soleil,
L'homme, parfois, cherche l'éclat dans les yeux des femmes.

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[série de poèmes intitulé "Tropismes"]
Copyright © [27 Juillet 2008] [Jean-Mark Guérin]
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

[1] Tropisme n. m., "Réaction élémentaire à une cause extérieure; acte réflexe très simple." (définition du petit robert en ligne)

lundi 7 juillet 2008

du haut d'un train



Il suffit de prendre le moindre petit chemin en terre de France, quitte à endurer une marche variablement longue selon l'endurance des marcheurs, pour tomber à un moment, ou à l'autre, sur deux - quoiqu'il puisse arriver qu'il y en ai d'avantage mais rarement de façon impaires - longues et fines lignes d'acier.


Au premier abord la monotone linéarité des rails rend leurs étude, et toute réflexion à leurs sujet, barbante. Ils possèdent pourtant des vertus intrinsèques, des qualités subtiles qui font d'eux un objet de propos à la finalité intéressante mais à l'utilité réduite. Les voyageurs en effet les prennent comme point d'ancrage ou plutôt, car nous sommes ici pour trouver les termes justes, comme fil de conduite. Il me rappellent parfois ce fil que les nageurs en apnées usent pour retrouver de manière rapide et efficace la surface, cependant ce n'est pas le sujet.


Au dessus des gravillons rouges, puisqu'il nous faut revenir au sujet si nous voulons terminer nos propos, se perchent donc les rails. Se perchent? je devrait dire trônent car ils sont maitres incontestés de l'espace qu'ils occupent, ceci est vrai cependant que n'apparait pas un train, sinon ce dernier conquiert de façon passagère l'espace. C'est d'ailleurs de cette double situation de maitre et de subordonné (au train) que viens leurs humilité : un maintiens royal qui se conjugue à une discrétion servile. Sans compter que les rails découpent le paysages et gouvernent par la même les territoires qu'ils enclosent (mais nous ne nous épancheront pas sur cela).


Nos longue lignes droites sont entrecoupées par envers par de mi-longue lattes de bois, rappelant une échelle, mais pas celle qui servirait pour cueillir les pommes à un arbre, ce serait bien plutôt un outillage métaphysique qui permettrait de cueillir l'idée à l'arbre de l'esprit.
Et puis, c'est comme si quelqu'un avait voulu escalader la Terre, rien que cela nous dépasse! La grandeur et l'infinité de ce qui se déroule, au sens propre du terme, sous nos pied est impressionnante!


A bien y regarder des vis fixent l'acier au bois mais l'esprit semble vouloir oublier ce détail et ne s'attacher qu'à la notion d'éclat de l'endroit, de droiture de la ligne et d'horizon du concept. En cela les rails guident l'esprit du voyageur qui y trouve l'idée de l'échelle que nous avons pu développer ci-dessus et laisse la pensée cheminer et escalader l'horizon.


Pourtant s'il est une chose qui semble vouloir arrêter les rails c'est bien l'homme, ce qui est un étrange paradoxe au regard du fait que l'esprit tente d'effacer le lien logique qui existe entre la présence des rails et celle des hommes (rappelez-vous : l'esprit veut oublier les "vis"). Ainsi l'homme arrête les rails en gare et donc la réflexion du voyageur qui ne serait pas occuper à manger quelque sandwich mollasson ou regarder en artiste sa troublante voisine.


Et il faut donc parfois terminer le voyage. Fatalement vient le terminus : l'esprit s'accroche au rails qui partent en tournant et disparaissent à l'horizon, il faut donc accepter de perdre sa réflexion de vue en gare. Cela explique l'abasourdissement de l'arrivée après un long voyage : l'esprit s'attend.


Voyez vous-même : les rails ont cela de magique qu'ils guident sans mener.

[poème en prose intitulé "Du haut d'un train"]
Copyright © [Juin 2008] [Jean-Mark Guérin]
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.