samedi 30 août 2008

La beauté de l'Ombre


Voici un poème : les Guerres et la haine recommencent sans cesse et pourtant l'espoir reste intact. Étrange et cruel paradoxe.

Acte Premier. Je suis toute chose.

 

Le Ciel est bleu
Cependant que le vent se lève.
La fureur agite les arbres
Dont la cime se courbe.

Courbes, ainsi que l'âme obtuse
Du vent ;
De la tempête
Et du miasme nauséabond.

Ainsi se répandra la Plaie :
Le Ciel est bleu
Mais il vente.

**

Et tandis que le vent souffle,
Un prophète se détache du Ciel
Sur la cime des monts.

Alors le prophète
— Ou était-ce Satan ? — ,
Se mit à rire
et à hurler.

— Voyez comme le vent se lève !
Au loin déjà tonne la fureur ;
Éclate la haine ;
S'envole la bonté.

— Les dieux n'acceptent pas
Que les Hommes s'élèvent,
Vous voilà punis !

Et le prophète fut foudroyé,
Lumière cendrée
D'un calme d'entre tempêtes.

**

Soudain, la rage me gagna
Les nuages se voilèrent
Le Ciel devint rouge
Puis noir.

Partout sur Terre
Les Êtres apprirent la peur
De l'Homme-Je ; de l'Homme-dieux.

Voici mes paroles :

— Rien ne doit surpasser
La causalité primaire de mon esprit,
Prosternez-vous et acceptez !

Le peuple se prosterna et fut anéanti.

Les nuages devinrent blancs
Puis le Ciel devint bleu.

**

La rage quitta l'Homme-Je
Pour aller hanter l'Homme-Nous.

 

Acte Second. Guerre et chaos.

 

Les lacs d'alors vivaient
de mille échos,
Les rires et les cris répondaient
Aux oiseaux.

**

Soudain les lacs
Bouillonnèrent ; écumèrent ;
Explosèrent en geyser vaporeux.

Les arbres furent déracinés,
Les montagnes rasées
Et le chaos s'installa.

La rage nous gagna
Les nuages se voilèrent,
Le ciel devint rouge
Puis noir.

**

Un nouveau prophète
Sortis de terre.

— Écoutez votre coeur,
Écoutez votre rage,
Pillez ; tuez et violez
Sans trêves !

Il fut adoré,
Pendu et brulé.

La terre trembla devant l'écume
De nos guerriers,
Habités de la rage
Et de l'esprit du vent.

**

Ainsi,
L'Homme-Nous vainquit,
Posséda et détruisit
Tout ce qui vécut sur Terre.

**

Enfin, La haine s'enfuit
Avec les vents et le bruit.

L'Homme-Nous fut vaincu
Par sa propre victoire.

 

Acte Troisième. Perpétuel recommencement.

 

Mais déjà l'Homme-Lui ;
L'Homme-Vous et l'Homme-Moi
Guettent dans l'ombre,
Attendant que viennent
Les vents et les prophètes.

La haine et la rage hantent
Notre cœur, notre âme
Et nos esprits.

**

Le temps passa,
Le Ciel devint gris,
Puis blanc ;
Puis bleu.

Il sera noir demain.

 

Acte dernier. En souvenir de l'espoir.

 

Je vous exhorte :
Refusez sans cesse
La pâle beauté de votre Ombre.

 


[poème intitulé "La beauté de l'Ombre"]
Copyright © [30 Aout 2008] [Jean-Mark Guérin]
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

lundi 25 août 2008

Discours sur la méthode ou rhétorique égotique d'une âme décousue

Tordez le cou à la rime, la poésie est un élan !

Tout l'art réside dans la faculté de l'assemblage à casser l'équilibre naturel des mots, leur faire prendre une orientation : c'est un sentiment !

L'audace est le premier instinct du rimailleur, la pleutrerie et le larmoiement excessif sont ceux du rimaillard.

Que l'on oublie les larmes si elles semblent trop simples, les mots disent la tristesse et la fuite, mais pas la mollesse que diable !

La facilité est la pire des ennemies et la rime est la muse des fainéants si l'on ne sait la dompter et la tordre à nos fantaisies.

La poésie est un art, c'est l'art de tous, en ce sens c'est également une science. Délicate comme toutes les sciences, elle requiert donc une dose de savoir, une part de talent et une portion de travail. Si l'on parvient à convenablement assembler ces composantes, l'on obtient les chants les plus beaux : ceux qui vont au l'âme (je ne dirais pas « au cœur » tant cela dénature le concept).

Certains dirons que Je n'ai pas le droit de dire cela. Vous me le refusez ? Hé bien, je le prends !

Trop longtemps, j'ai vu certains rimailleurs rimailler en n'usant que de leur talent, parfois réel et parfois fantasmé, accouchant alors de piètres rimes. Si la jeunesse peut excuser ce péché, vous devez néanmoins le fuir toujours !

La rime n'est pas poétique : c'est la poésie qui transcende la rime, l'une soutenant l'autre.

Que l'on me juge : la rime me fait peur et je l'évite, mon talent n'est pas suffisant.

Voyez, enfin, comme le mélange est l'arbre des plus beaux fruits, l'espèce humaine vous le montre, alternez donc à votre guise et votre envie. Inventez votre monde, l'art n'est là que pour vous, aussi je vous exhorte :

Tordez le cou à la rime, ne soyez pas sage, la poésie est un élan !

Soyez curieux ; osez ; lisez ; tentez !

L'art est à ce prix...

N.B. : À ceux qui trouvent que je suis trop sévère et trop prompt à juger ; trop moraliste et trop donneur de leçon, je leurs suggère de taper « poésie » dans google et d'admirer les chefs-d'œuvre poisseux de gentillesse qui en résulte. Associer trop souvent la poésie à l'amour banalise les deux et détruit la symbolique ; la profondeur et l'importance de l'une comme de l'autre. Il en va ainsi de tout sentiment à vrai dire, la poésie est également un formidable facteur de réflexion, crénom!

samedi 23 août 2008

Le vent souffle sur Rome


Prologue


Le vent du soir souffle sur Rome
Et emporte avec lui mes esprits.


Les vents du soir soufflent sur Rome
La jalousie, l'hésitation et l'amertume.


I -


Comme Néron, je brûlerais la fange !
Celle des esprits, du cœur et des yeux.


Fou. Comme Néron ou bien Nerval,
Mon luth s'endeuille de son silence !


Le poète se complait dans sa complainte,
mine mes esprits et moire ma langueur.


Le poète saurait, lui, qu'il faut choisir,
J'ai fait le choix, moi, de n'y rien faire.


II -


Dans le soir troublant la tempête sourde,
Elle a soif d'expression et entraine mon âme.


Le vent redouble d'effet à mon intention,
Comme d'un frère l'affectueuse attention.


Néron vous dis-je ! Je brûlerais Rome !
Je brûlerais Rome et toutes ses indécisions.


Rome se perd en effet dans la pire débauche,
La débauche de Ma confiance ; de Ma pensée.


III -


Mais pourquoi donc le Pausilippe chez Nerval ? Baste !
Pourquoi, plutôt, ces yeux me hantent-ils trop souvent ?


Arrières ! Ces yeux, je ne les connais que trop !
Différents, ce sont toujours les même pourtant.


Comme les répliques d'un lourd séisme,
Ils viennent frapper à la porte de l'âme.


<> Arrière vous dis-je ! N'entendez-vous point ?
Rome exulte ! Rome brûle ! Cependant, Rome demeure...

IV-


Le vent souffle sur le feu, il soufflera sur les braises.
Car l'avatar du faux amour, hélas, est un phénix.


Je suis Néron ; Je suis Nerval. Arrières, Arrières !
Je ne suis ni Amour, ni Phébus. M'entendez-vous ?


Je serais Charron le passeur du Styx et de l'oubli,
Pour ces yeux éternels et tout ce qui me hante.


Les yeux de l'avatar qui me hantent, mentent-ils ?
Baste, je ne peux rien craindre : Je suis Néron !


V-


Rome a brulé. Rome est cendre désormais.
L'avatar de l'amour-qui-n'est-pas-vrai surgit alors :


« Tu es Néron, mais tu n'es personne,
Rome a brulé, mais Rome n'est rien. »


« Le vent souffle sur les braises fébriles
Et relance les feux que tu feins d'allumer. »


« Tu es Nerval, mais tu n'es rien,
La folie dissimule la faiblesse du poète. »


« Vois. Je suis venu, j'ai vue et je t'aie vaincue.
Soumets-toi ici et maintenant ou crains mon courroux. »


Ainsi parla l'avatar du faux amour
Ainsi parla le phénix du faux amour...


Épilogue


Le vent souffle fort, le vent souffle vite encore,
Nous rappelant que sans souffle cesse la flamme .


**


J'ai été tours à tours Néron puis Nerval :
Mes esprits et mon cœur sont en flammes.


**


Me soumettrais-je un jour à l'avatar ?
Rome brûle. Rome n'est que cendre.
Le phénix renaitra toujours...


[poème intitulé "Le vent souffle sur Rome"]
Copyright © [Eté 2008] [Jean-Mark Guérin]
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.