Il suffit de prendre le moindre petit chemin en terre de France, quitte à endurer une marche variablement longue selon l'endurance des marcheurs, pour tomber à un moment, ou à l'autre, sur deux - quoiqu'il puisse arriver qu'il y en ai d'avantage mais rarement de façon impaires - longues et fines lignes d'acier.


Au premier abord la monotone linéarité des rails rend leurs étude, et toute réflexion à leurs sujet, barbante. Ils possèdent pourtant des vertus intrinsèques, des qualités subtiles qui font d'eux un objet de propos à la finalité intéressante mais à l'utilité réduite. Les voyageurs en effet les prennent comme point d'ancrage ou plutôt, car nous sommes ici pour trouver les termes justes, comme fil de conduite. Il me rappellent parfois ce fil que les nageurs en apnées usent pour retrouver de manière rapide et efficace la surface, cependant ce n'est pas le sujet.


Au dessus des gravillons rouges, puisqu'il nous faut revenir au sujet si nous voulons terminer nos propos, se perchent donc les rails. Se perchent? je devrait dire trônent car ils sont maitres incontestés de l'espace qu'ils occupent, ceci est vrai cependant que n'apparait pas un train, sinon ce dernier conquiert de façon passagère l'espace. C'est d'ailleurs de cette double situation de maitre et de subordonné (au train) que viens leurs humilité : un maintiens royal qui se conjugue à une discrétion servile. Sans compter que les rails découpent le paysages et gouvernent par la même les territoires qu'ils enclosent (mais nous ne nous épancheront pas sur cela).


Nos longue lignes droites sont entrecoupées par envers par de mi-longue lattes de bois, rappelant une échelle, mais pas celle qui servirait pour cueillir les pommes à un arbre, ce serait bien plutôt un outillage métaphysique qui permettrait de cueillir l'idée à l'arbre de l'esprit.
Et puis, c'est comme si quelqu'un avait voulu escalader la Terre, rien que cela nous dépasse! La grandeur et l'infinité de ce qui se déroule, au sens propre du terme, sous nos pied est impressionnante!


A bien y regarder des vis fixent l'acier au bois mais l'esprit semble vouloir oublier ce détail et ne s'attacher qu'à la notion d'éclat de l'endroit, de droiture de la ligne et d'horizon du concept. En cela les rails guident l'esprit du voyageur qui y trouve l'idée de l'échelle que nous avons pu développer ci-dessus et laisse la pensée cheminer et escalader l'horizon.


Pourtant s'il est une chose qui semble vouloir arrêter les rails c'est bien l'homme, ce qui est un étrange paradoxe au regard du fait que l'esprit tente d'effacer le lien logique qui existe entre la présence des rails et celle des hommes (rappelez-vous : l'esprit veut oublier les "vis"). Ainsi l'homme arrête les rails en gare et donc la réflexion du voyageur qui ne serait pas occuper à manger quelque sandwich mollasson ou regarder en artiste sa troublante voisine.


Et il faut donc parfois terminer le voyage. Fatalement vient le terminus : l'esprit s'accroche au rails qui partent en tournant et disparaissent à l'horizon, il faut donc accepter de perdre sa réflexion de vue en gare. Cela explique l'abasourdissement de l'arrivée après un long voyage : l'esprit s'attend.


Voyez vous-même : les rails ont cela de magique qu'ils guident sans mener.

[poème en prose intitulé "Du haut d'un train"]
Copyright © [Juin 2008] [Jean-Mark Guérin]
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Commentaires

1. Le mardi 8 juillet 2008, 21:37 par ptit chef

bizarrement quand je vois des rails sur un chemin, je peux pas m'empêcher de les suivres. Pourtant elles nous forcent pas à emprunter leur chemin.

2. Le mercredi 9 juillet 2008, 23:02 par littlenémo

@ ptit chef >>

Oui, c'est comme l'espace entre deux pavés ou le bord des trottoirs :)

3. Le jeudi 10 juillet 2008, 09:54 par ptit chef

oui, c'est exactement ça ! mais à quoi est-ce dû ?
réponse a : un phénomène paranormal-extraterrestre ;
réponse b : une envie irrésistible de partir loin en suivant le chemin ;
réponse c : ne sait pas.

4. Le jeudi 10 juillet 2008, 17:14 par Lunaba

quand je suis ces chemins de traverse, je ne pense à rien d'autre que de laisser les rails me guider vers l'aventure du petit bonheur perdu dans un champs de tournesols :)

5. Le jeudi 10 juillet 2008, 21:54 par littlenémo

@ ptit chef >>
forcément, ce sont les extraterrestres, ils sont de tout les complots!

@Lunaba>>
des tournesols? Van Gogh y serait-t'il pour quelque chose? :)

6. Le mercredi 6 août 2008, 12:18 par flalala

de passage comme promis,

j'ai d'abord focalisé sur la photo des rails qui m'a amené sur cette note après avoir appris encore un nouveau mot(tropisme).merci dico j-marK!

puis j'ai voyagé au fil de ton texte comme un essuie glace:m'évadant dans ta philosophie SNCF pour retourner brusquement dans les aventures quasi banales que tout voyageur a vécu en train.

Les rails nous imposent quelque part un chemin et la photo comme le texte m'ont fait pensé à un film espagnol qui m'avait marqué:EL BOLA, dans lequel des gamins jouent à un jeu etrange qui consiste à récupérer une bouteille placée au milieu des rails en traversant ces dernières le plus tard possible avant l'arrivée d'un train.
Voilà donc une tentative pour échapper au chemin prédestiné des rails mais fatch! c'est sacrément dangereux!

C'est cool parce que tu dégages le mystique des trains et des rails alors que d'autres n'ont retenu que les chtits problemes à l'interieur des trains:cf. Henri Salvador Oh oh oh oh oh oh Twist SNCF....
:D

a bientot jespere pour de nouveaux 'outresonges'

Alice

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