Voici un poème : les Guerres et la haine recommencent sans cesse et pourtant l'espoir reste intact. Étrange et cruel paradoxe.

Acte Premier. Je suis toute chose.

 

Le Ciel est bleu
Cependant que le vent se lève.
La fureur agite les arbres
Dont la cime se courbe.

Courbes, ainsi que l'âme obtuse
Du vent ;
De la tempête
Et du miasme nauséabond.

Ainsi se répandra la Plaie :
Le Ciel est bleu
Mais il vente.

**

Et tandis que le vent souffle,
Un prophète se détache du Ciel
Sur la cime des monts.

Alors le prophète
— Ou était-ce Satan ? — ,
Se mit à rire
et à hurler.

— Voyez comme le vent se lève !
Au loin déjà tonne la fureur ;
Éclate la haine ;
S'envole la bonté.

— Les dieux n'acceptent pas
Que les Hommes s'élèvent,
Vous voilà punis !

Et le prophète fut foudroyé,
Lumière cendrée
D'un calme d'entre tempêtes.

**

Soudain, la rage me gagna
Les nuages se voilèrent
Le Ciel devint rouge
Puis noir.

Partout sur Terre
Les Êtres apprirent la peur
De l'Homme-Je ; de l'Homme-dieux.

Voici mes paroles :

— Rien ne doit surpasser
La causalité primaire de mon esprit,
Prosternez-vous et acceptez !

Le peuple se prosterna et fut anéanti.

Les nuages devinrent blancs
Puis le Ciel devint bleu.

**

La rage quitta l'Homme-Je
Pour aller hanter l'Homme-Nous.

 

Acte Second. Guerre et chaos.

 

Les lacs d'alors vivaient
de mille échos,
Les rires et les cris répondaient
Aux oiseaux.

**

Soudain les lacs
Bouillonnèrent ; écumèrent ;
Explosèrent en geyser vaporeux.

Les arbres furent déracinés,
Les montagnes rasées
Et le chaos s'installa.

La rage nous gagna
Les nuages se voilèrent,
Le ciel devint rouge
Puis noir.

**

Un nouveau prophète
Sortis de terre.

— Écoutez votre coeur,
Écoutez votre rage,
Pillez ; tuez et violez
Sans trêves !

Il fut adoré,
Pendu et brulé.

La terre trembla devant l'écume
De nos guerriers,
Habités de la rage
Et de l'esprit du vent.

**

Ainsi,
L'Homme-Nous vainquit,
Posséda et détruisit
Tout ce qui vécut sur Terre.

**

Enfin, La haine s'enfuit
Avec les vents et le bruit.

L'Homme-Nous fut vaincu
Par sa propre victoire.

 

Acte Troisième. Perpétuel recommencement.

 

Mais déjà l'Homme-Lui ;
L'Homme-Vous et l'Homme-Moi
Guettent dans l'ombre,
Attendant que viennent
Les vents et les prophètes.

La haine et la rage hantent
Notre cœur, notre âme
Et nos esprits.

**

Le temps passa,
Le Ciel devint gris,
Puis blanc ;
Puis bleu.

Il sera noir demain.

 

Acte dernier. En souvenir de l'espoir.

 

Je vous exhorte :
Refusez sans cesse
La pâle beauté de votre Ombre.

 


[poème intitulé "La beauté de l'Ombre"]
Copyright © [30 Aout 2008] [Jean-Mark Guérin]
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