Voici encore un poème dont la lecture n'est certes pas facile, la forme est un choix personnel que dicte le fond et la curiosité qu'éveilla en moi la poésie d'Eluard qui se rit de la ponctuation et la boude sans complexe. Loin d'égaler le maitre, je ré-interprète librement la griffe pour mieux me la rapproprier, peut-être à tort; Qui sais vraiment?

 

1. Comme l'hydre est apparut

L'hydre ! Milles têtes ; un seul coeur.
L'hydre ! Mille ans de malheurs.

C'est l'ombre d'une parque
Qui m'attire dedans la barque
Légère mais lourde de Charon ;
Milles vies s'oublient ainsi à l'Acheron.

L'hydre est affreuse : milles têtes
me susurrent d'une voix rauque
Comme mon âme qui s'entête
Est l'inutile captive du même roc
Que tout ces hommes de rien
Dont je suis le même chemin.

 

2. Comme la voix écarte la foi

Ha ! Cruelles chimères, je vous entend,
Mon coeur qui fut naguère indifférent
Se grise désormais de vos insidieuses voix
Perdant peu à peu ce qui lui reste de foi
sans pouvoir réprimer l'indolent sentiment
Que porte l'ombre des sombres vents.

Ô muse, ne sent tu rien venir ?
Voit, mon regard jadis clair se ternir.

Où donc est passé l'enfant que je suis,
L'indicible styx des songes me l'a-t-il pris ?

L'hydre m'ensorcelle et m'écoeure :
Milles têtes. Milles têtes, mais un seul coeur.

 

3. Que la muse sourit seulement

Ma pensée est folie, mes songes m'oublient,
Pourtant prophète de mes terres d'ombres,
Je gouverne le bonheur de mon verbe sombre.
Muse, mon regard éteint voit comme tu souris.

Va t'en parque ! Rejoins donc tes soeurs,
A votre Sabbat oubliez moi bien vite,
Je tuerais l'hydre, piétinée sans peur,
Mettant un terme à la voix de vos rites.

La plume ne donne pas de la mort l'envie,
Car, plume de ma muse, c'est un hymne de vie.


[poème intitulé "Terrasser l'Hydre"]
Copyright © [Avril 2009] [Jean-Mark Guérin]
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