Probablement un des poèmes que j'ai le plus travaillé, peut-être l'un des plus tortueux aussi...

Acte premier. Prologue

Oyez, gens d'ici bas, vous les morts en sursis !
Voyez comme le silence soudain se fait ;
Lorsque la salle, comble, s'effraie.
Qu'une part de Ma vérité se révèle ici !

Trois coups,
Est-ce la mort selon vous ?

Silence, le spectacle commence,
Les rideaux s'effacent petit à petit.

Acte second. Scène première.

Deux ombres s'avancent, la flamme vacille ;
La flamme vacille doucement, puis s'éteint.
Stupeur dans la foule ; les ombres tournoient.

Pas un mot, silence de mort.
Les ombres dansent-elles ?
Non, elle se battent.

Voici que vient la lumière,
Que porte un laquais.
Rictus dramatique.

Souffle les ombres, cela n'avance à rien :
La lumière soulage les spectateurs,
Et chasse sans cesse ces tristes spectres.

Les ombres dispersées par la lumière
Ne reviendrons plus avant
Et le laquais sourit.

Sourire de guingois, sourire sournois.
Le public ignore tout du scénario.

Ce triste esclave éteint la flamme.
Qui est qui ; Qui sert qui ?

Se termine la scène, suffoque la foule.

Le rideau se ferme,
C'est l'entracte.

Acte troisième. Acte d'entracte.

«     - Avez-vous vu cela ?
     - J'ai cru défaillir.  »

Le bien vacille, cela est certain :
Bien que le mal n'y soit pour rien.
« Il » se moque de l'un comme de l'autre.
Qui est-« il » ?

La vérité est étrangère
à qui refuse de la voir.

Oyez braves gens :
Le dénouement est proche...

«     - Qui sait, peut-être est-ce là un leurre ?
    - Non, je refuse d'en voir plus avant.     »

Ainsi la foule n'est plus que moitié
de retour dans l'exécrable salle,
Elle se tait, elle veut savoir.

Trois coup,
Est-ce la mort selon vous ?

Silence, le spectacle continue :
Les rideaux s'ouvrent de nouveau.

Acte quatrième. L'ombre éclairera.

La scène est noire et silencieuse,
La scène est sombre, s'agitent les ombres.
On les pressent plus qu'on ne les voient.
Tandis que ris le laquais sournois.

C'est en un geste grotesque que meurt l'esclave,
L'ombre vainc et l'ombre perd le traître, l'agent.

Car l'ombre n'est pas qu'ombre :
Elle souligne la lumière ; apaise la noirceur.

Commence alors un ballet autour du corps sans vie,
grotesque figure du trompeur qu'haïssent les ombres.
Dansez, dansez ! Voyez comme se fait la lumière.

La nuit demeure pourtant sur scène par endroit.
Comme autant de graines d'un même mal.
Baste. Dansent, dansent les ombres !

Le rideau se (re)ferme.

Acte cinquième. Acte d'introspection.

La demie-foule est perdue

«     - Que devons nous penser
    - Le régisseur est-il pris de folie ?  »

Les questions pressent, nulles réponses,
personne ne perçoit l'ombre grandissante,
Et la foule, c'est ainsi que font les hommes,
S'entre-déchire pour savoir qui saura.

Ô spectacle sublime ; ô cadavres épars
Que découpe poétiquement la lumière :
Les ombres ricanent.

Trois coup,
Est-ce la mort selon vous ?

Silence, le spectacle va se terminer,
Les rideaux s'ouvrent.

Acte dernier. L'ombre et la lumière.

Lorsque le silence retombe,
Et que la mort est repartie
 - d'ombre ou de lumière,
c'est selon la foi -,

La scène se vide des pantins, des mirages,
Ne reste sur scène que l'ombre et la lumière,
Sublimes composantes de la même folie
Que transcendent le raisonnement sain.

Et parmi le public, tous s'écroulent un-à-un,
Les survivants ne le sont plus :
Car réduire l'ombre à la lumière ;
La lumière à l'ombre,
C'est accepter la mort, servile,
c'est se réduire soi-même.
C'est réduire l'humanité.

Et ainsi, le rideau se ferme sur la scène de notre psyché ;
sur cette incroyable psychologie.

[poème intitulé "L'incroyable Psychologie"]
Copyright © [2010-2011] [Jean-Mark Guérin]
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